Comment se financer ?

La crise que nous vivons dépasse le cadre de la santé. C’est l’ensemble de la société et, par extension, l’économie qui sont bouleversés et contraints de trouver de nouveaux repères. Dans un nouveau contexte, comment les startups connues pour leur agilité légendaire survivent-elles ? Quelles sont les clés pour assurer la continuité de leur financement ? Nous avons interviewé Florian Bercault, président d’Estimeo, une plate-forme de notation et d’évaluation des startups, et Mark Kepeneghian, président et fondateur de Kriptown, une plate-forme pour relier les investisseurs aux startups via un investissement dans des jetons, pour déchiffrer la situation que nous vivons.

En dehors des périodes de crise, pouvez-vous rappeler en quelques mots les principales façons de financer une entreprise ?

Florian Bercault  : En ce qui concerne le financement des entreprises, il faut d’abord distinguer entre le financement dilutif et le financement non dilutif. Le financement dilutif est le financement par actions visant à disposer d’une partie du capital de la société pour des fonds. Inversement, le financement non dilutif permet de financer une entreprise sans ouvrir son capital tel que la dette ou les subventions.

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Chaque entreprise a sa stratégie de financement. Le financement varie en fonction de la maturité de l’entreprise — une start-up ne se finance pas comme une entreprise CAC40 ! — mais aussi selon le secteur d’activité. En tenant compte des spécificités de l’entreprise, sa stratégie et son potentiel de développement guident ses modalités de financement.

En ce qui concerne les startups, c’est-à-dire les startups innovantes non cotées, nous aimons dire qu’au début elles se financent grâce aux fonds personnels des fondateurs ou à travers leurs allocations de chômage, puis par des bourses ou des subventions à l’innovation. Puis vient généralement la première collecte de fonds de son réseau de parents, « l’amour de l’argent », puis ceux des Business Angels ou des plateformes de crowdfunding, puis des fonds de capital-risque (« fonds de capital de risque ») ou des fonds de capital-investissement (« fonds CVC »). Dans le même temps, les startups peuvent utiliser divers prêts bancaires, des banques privées ou des banques d’investissement publiques ou même des obligations convertibles.

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Enfin, un dernier outil largement répandu dans le monde des startups est les bons de souscription d’actions qui permettent de lever plus rapidement des fonds ou des bons réservés aux fondateurs et aux employés (BSPCE en particulier) pour financer enfin les réalisations des fondateurs et des employés autres que par des salaires.

C’est une vision assez schématique du financement des entreprises. Un grand nombre d’autres régimes existent en fonction des spécificités et des subventions telles que le financement à l’exportation, le financement de la R&D avec des systèmes de crédit d’impôt à la recherche, pour n’en citer que quelques-uns. Toute cette gamme financière démontre que vous devez être bien accompagné.

Mark Kepeneghian : Je suis d’accord avec les commentaires de Florian. En dehors des périodes de crise, il existe de nombreuses méthodes de financement. Et nous sommes plutôt bien en France.

Tout d’abord, l’ARCE (Aide à la reprise ou à la création d’une entreprise) est une aide octroyée par Pôle Emploi et qui consiste à percevoir 45 % du montant des droits restants. 

Love Money consiste à solliciter son entourage proche (amis et famille) pour apporter des capitaux supplémentaires à la création de son entreprise ou au premier tour de table.

La bourse French Tech qui est une subvention octroyée par le BPI et votre Région peut couvrir jusqu’à 70% de vos dépenses de R&D.

En fonction de votre activité, vous pouvez utiliser CrowdFunding avec des plateformes telles que KissKissBankBank ou Ulule sur lesquelles prévendre votre produit, ce qui vous permet de financer leur fabrication.

Il existe également une multitude de financements publics (français ou européens) avec des caractéristiques différentes (JEI, CIR, H2020 etc.).

Il y a alors, en effet, un financement privé, qu’il soit dilutif (augmentation de capital via des plateformes comme Kriptown par exemple !) ou en dette (obligations convertibles et crowdLending).

Et enfin, il y a la dette bancaire, qui sera plus facile à réaliser si vous avez des capitaux propres et du chiffre d’affaires.

Quelles sont les choses qui changent en cas de crise pour une entreprise qui cherche à se financer ?

Florian Bercault : En temps de crise, comme celle que nous connaissons, l’activité économique est complètement bouleversée et la confiance dans l’avenir est entravée par l’incertitude. Ainsi, le réflexe pour les investisseurs est souvent d’attendre que la tempête passe et de donner la priorité aux entreprises qu’ils ont déjà financées et qui sont dans leur portefeuille.

Plus précisément, en termes de financement de l’innovation et des startups, le risque réside dans le dysfonctionnement du canal de financement tout au long de la chaîne et entrave l’effet vertueux des succès entrepreneuriaux. En amont de la chaîne, les investisseurs vont naturellement réduire leurs investissements futurs à court terme et à risque eux-mêmes à plus long terme d’avoir de la difficulté à convaincre les « commanditaires », investisseurs en capital d’un fonds, d’investir à nouveau dans leurs fonds d’innovation. En aval de la chaîne, le risque est de voir un déclin des succès entrepreneuriaux caractérisé par des « sorties » positives, c’est-à-dire des rachats d’entreprises par de grandes entreprises ou des bourses.

Enfin, en période de crise économique, le déséquilibre entre l’offre de financement et la demande de financement est susceptible de se faire sentir, malgré une billetterie à part entière. Les valorisations des entreprises vont donc tomber et un nouvel équilibre de valeur devra être trouvé, même si c’est pour freiner le développement de startups qui ne pourront plus élever autant que leurs sœurs plus mûres.

En résumé, en période de crise, les entreprises sont généralement confrontées à une pénurie de financements par actions et souffrent d’une baisse des évaluations.

Mark Kepeneghian : Faire une augmentation de capital pour vous financer revient à vendre une partie de votre entreprise. Votre entreprise devient au cours de cette opération le produit, avec des caractéristiques (BP/deck), une rareté (originalité du modèle d’affaires, concurrence) et un prix (évaluation). Devant ce produit il y a des clients potentiels : la demande, qui sont les VC/Business Angels.

En cas de crise, l’offre augmente à mesure que de plus en plus d’entreprises auront besoin d’un financement compte tenu de la baisse du chiffre d’affaires. D’autre part, la demande diminuera pour trois raisons principales : premièrement, les investisseurs deviennent plus fébriles et moins risqués. Ensuite, ils préfèrent se concentrer sur le renforcement de leur position actuelle plutôt que d’investir dans de nouvelles entreprises. Enfin, les liquidités disponibles sont déprimées parce que les LP ne préfèrent généralement pas l’aventure en cas de crise.

Cela aura donc un impact sur les valorisations (provoquées par ce nouvel équilibre entre l’offre et la demande) et une diminution des montants levés. Cela rend les astuces de table beaucoup plus difficiles.

Est-ce que c’est sage de planifier une stratégie en amont en cas de crise, aussi imprévisible qu’elle soit ?

Florian Bercault : Comme le dit le proverbe, la planification, c’est gouverner. La stratégie, dont l’étymologie du mot est martiale, est très utile pour lutter contre une crise et s’adapter à des temps incertains. Par ailleurs, n’est pas naviguer dans des terres inconnues et dans les temps incertains de l’entrepreneur propre ?

La crise que nous vivons n’est pas seulement la santé, mais aussi, par domino, l’effet économique et social. C’est pourquoi il est nécessaire d’adopter une stratégie codonnée pour survivre en tant que jeune tournage.

* À court terme, en fonction de l’impact sur l’activité, il devrait surveiller de près ses flux de trésorerie et réorganiser ses activités. Ainsi, les actions urgentes sont : prioriser les dépenses, prolonger les délais de paiement et la maturité sociale, fiscale et bancaire, réorganiser votre équipe à l’aide de mécanismes mis en place tels que le télétravail, le chômage partiel ou le congé parental, négocier des prêts en espèces garantis par l’Etat… Pour ce faire, il est nécessaire de rester informé des annonces gouvernementales et de vous entourer de professionnels financiers, juridiques ou RH. Le suivi de sa table de trésorerie de 3 ou 6 mois est essentiel.

* À moyen terme, il devient important d’anticiper les risques et les difficultés d’un déclin d’activité par une crise qui dure. Pour ce faire, il est nécessaire de toujours maintenir le lien avec ses parties prenantes, à savoir ses clients, actionnaires, employés ou partenaires. Il peut être utile, en consultation avec ses investisseurs, de renforcer ses fonds propres. Par conséquent, l’examen des hypothèses de son plan d’affaires est un exercice à effectuer, en fonction de l’évolution de la dynamique du marché.

* À long terme, la préparation à la crise post-crise et le retour à une vie sans confinement sont cruciaux. Encore une fois, l’agilité et la réactivité seront essentielles. Se préparer aux conséquences, c’est imaginer des scénarios de sortie de crise avec une reprise économique. Ces différents scénarios devraient nous permettre d’estimer ses besoins humains, techniques et financiers pour relancer l’activité, constituer un point central pour saisir de nouvelles opportunités et ainsi élaborer un plan d’action approprié.

Enfin, pendant cette crise, en particulier pour les entreprises à la recherche de fonds, il est impératif de préserver son « histoire des actions ». Avis aux dirigeants : Démontrez par vos décisions prises pendant la crise que vous êtes de bons entrepreneurs et leaders.

Mark Kepeneghian : En théorie, pourquoi pas, dans la pratique pas du tout. La réalité d’une start-up est qu’elle n’a pas toujours le temps de peaufiner au maximum ses scénarios normaux. Donc, essayer d’estimer et de prédire les risques de Tails (les crises) aurait, à mon avis, un espoir négatif étant donné la très faible occurrence de ce dernier, les grandes différences entre chaque crise (qui avait prévu un confinement associé à une crise financière ? ) et le temps qu’il faut pour développer ces stratégies (temps que pourrait être utilisé différemment, le temps étant la ressource la plus précieuse pour un entrepreneur).

Concrètement, quels sont les moyens d’assurer le financement le plus fluide possible ?

Florian Bercault : Pendant cette crise, les mécanismes étatiques de soutien à l’activité et en particulier le trésor sont étudiés de près par les startups (prêts en espèces, remboursement anticipé de crédits d’impôt ou de crédits TVA, paiement anticipé des aides à l’innovation). Se faire payer le plus rapidement possible par vos clients aide également à soulager votre flux de trésorerie. Enfin, le renforcement du capital par les investisseurs existants peut constituer une stratégie visant à poursuivre les activités de R&D, par exemple, malgré le ralentissement de l’activité.

Mark Kepeneghian : En temps de crise, vous devez profiter des différents dispositifs disponibles pour les entrepreneurs. Tout d’abord, il y a les arrangements publics mis en place par le gouvernement et le BPI.

Et puis il y a les différentes initiatives privées, un collectif de Business Angels et d’investisseurs dont l’objectif est de soutenir le tissu des entreprises françaises innovantes qui sont directement ou indirectement touchées par l’introduction du financement express de capitaux sur la base d’un dossier en évolution rapide.

L’écosystème est-il réactif et s’adapte rapidement pendant ces crises ?

Florian Bercault : Généralement, les PME et les PME sont les plus touchées par ces crises économiques. Et, bien qu’agiles par nature, les startups dont le modèle économique n’est pas encore pleinement trouvé auront sans aucun doute du mal à se financer ou à se refinancer au lendemain de la crise. Cependant, les fonds d’investissement ont toujours des parents d’investissement et le conseil bancaire européen fonctionne à pleine capacité en fournissant liquidité aux acteurs économiques qui devront continuer à investir pour survivre. Il reste à savoir quand et où. Espérons que l’innovation ne se sacrifie pas sur l’autel de la récession économique, à un moment où tous les espoirs sont basés sur la recherche d’un vaccin et où l’économie numérique surchauffe.

Un autre phénomène pendant les crises : il y a des gagnants et des perdants. Les perdants actuels comprennent les entreprises sujettes à des fermetures administratives telles que la restauration, mais aussi des secteurs tels que le tourisme et l’hôtellerie. Les gagnants à court terme semblent être des plateformes de livraison à domicile, des sites de streaming, des sites de jeux en ligne ou d’apprentissage à distance, ou encore plus des fournisseurs de cartouches d’imprimante anecdotes. Il s’agit de l’évolution du marché à court terme À plus long terme, un retour à la normale ne semble pas augurer. Cette crise démontre de forts changements de comportement : télétravail et tous les outils de travail à distance, courts-circuits, télémédecine. Il en va de même pour prendre en compte les questions sociales et environnementales. Examinons que l’analyse extra-financière et immatérielle a de bons jours devant eux.

Mark Kepeneghian : Il est encore trop tôt pour le dire, mais à mon avis la caractéristique principale d’une start-up est son agilité. C’est donc le bon moment de voir quelles équipes sont fortes, agiles et réactives. Savoir réagir à une crise, adapter votre business model, réduire votre consommation de trésorerie, faire des factures secondaires sont la preuve d’une équipe solide et permettra sans aucun doute à cette dernière de sortir son épingle du jeu lors d’un prochain cycle de financement.

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