Plus de 10 % du PIB mondial circule hors des circuits marchands, affirme l’OCDE. Tandis que certains modèles d’organisation font du partage un pilier, d’autres y voient une anomalie. Malgré la pression constante des lobbys industriels, la législation sur la propriété intellectuelle ménage des exceptions pour les usages collectifs. Avec l’avènement des plateformes numériques, l’équilibre entre accès libre et contrôle privatif vacille, générant des tensions inédites.
Pourquoi la valeur du partage façonne-t-elle nos sociétés ?
La valeur du partage n’est pas une simple question de morale ou de bons sentiments. Elle s’inscrit en profondeur dans la vie en société. Partager, biens, savoirs, temps,, c’est tisser une toile de solidarité qui dépasse les discours. Dans les quartiers, sur le lieu de travail, au sein des réseaux en ligne, ce geste renforce la cohésion sociale et devient un levier d’action collective. Le partage se retrouve dans la transmission d’expérience, le bénévolat, la mutualisation d’outils, ou encore l’échange de connaissances.
Michael Porter, avec son approche de la valeur partagée, met en lumière la capacité d’une organisation à produire à la fois des retombées économiques et sociales. Cette vision va plus loin que la simple responsabilité sociale : elle infuse la stratégie, stimule l’innovation, et façonne l’engagement collectif. Les projets communs redéfinissent la notion de communauté, faisant de la réussite individuelle un tremplin pour l’ensemble.
Voici trois effets majeurs du partage dans nos sociétés :
- Le partage renforce l’entraide et la solidarité, créant de véritables chaînes de soutien.
- Il donne naissance à des réseaux d’appui, très visibles dans les initiatives relevant de l’économie sociale et solidaire.
- Il consolide le sentiment d’appartenance, source de stabilité et de capacité d’innovation.
La création de valeur à travers le partage n’a rien d’abstrait. Coopératives, plateformes de savoirs libres, associations : chaque initiative partagée dessine de nouveaux liens, nourrit la confiance et questionne la place de chacun dans la société.
Constats actuels : le partage comme ciment social et moteur d’innovation
Le partage prend aujourd’hui des formes variées, loin du simple élan philanthropique. De nombreuses entreprises s’engagent dans une gouvernance participative, où les salariés sont moteurs de la dynamique collective. Un exemple parlant : chez BabyMoov, la culture collaborative structure les liens professionnels et stimule l’innovation à tous les niveaux.
Le numérique a fait du partage un puissant moteur d’innovation collective. L’essor de l’open source, où le code et les connaissances circulent librement, rebat les cartes du travail et de la coopération. Start-up, associations, particuliers : tous contribuent, sans hiérarchie figée, à une intelligence partagée qui ne connaît ni frontières, ni barrières.
Pour illustrer cette dynamique, voici quelques pistes concrètes :
- Les initiatives communautaires renforcent la résilience et dynamisent des territoires parfois oubliés par l’économie classique.
- Le partage intergénérationnel fait circuler savoir-faire et mémoire, créant des liens durables entre jeunes et moins jeunes.
- La gouvernance décentralisée, comme chez makesense, redistribue le pouvoir, limite les écarts de rémunération et façonne des écosystèmes plus justes.
Bien au-delà du matériel, partager devient un mode d’organisation. Cette philosophie irrigue la transition écologique, insuffle de la vitalité aux modèles alternatifs et permet de révéler des talents là où on ne les attend pas. En s’appuyant sur la valorisation du partage, la société gagne en agilité, en créativité, en solidarité.
Quels sont les impacts concrets du partage sur nos vies quotidiennes ?
Le partage transforme tout, jusque dans le quotidien. Les exemples abondent : le projet Coletivo de Coca-Cola au Brésil forme des jeunes à la vente, ouvre des perspectives d’emploi et stimule la performance du groupe. Chez BabyMoov, la co-construction des valeurs d’entreprise, respect, bienveillance, esprit d’équipe, reconnaissance, n’est pas qu’une ligne sur le papier ; chaque collaborateur y met du sien, redéfinissant la culture d’entreprise au fil de l’expérience.
Dans les organisations, le partage se concrétise à travers des dispositifs d’intéressement et de participation. Impliquer les salariés dans la réussite collective renforce l’engagement, fidélise les équipes, et donne corps à un sentiment d’appartenance rarement égalé. Sur le terrain, des projets comme celui de Pharmabio Développement et ses Cercles d’Excellence, portés par la Commission des partenaires du marché du travail, montrent l’efficacité de l’échange d’expériences et de la mutualisation des savoirs pour accélérer l’adaptation et le développement de compétences.
Du collectif à l’individuel : effets tangibles
Voici quelques conséquences concrètes du partage, observées chaque jour :
- Les liens sociaux se renforcent, la solidarité s’ancre dans la durée.
- Le bien-être progresse grâce à la reconnaissance et à la coopération, favorisant l’épanouissement individuel comme collectif.
- La durabilité devient réalité, par la réduction des coûts et la mise en valeur des ressources partagées.
Mary Jo Hatch a introduit la notion d’artefact des valeurs. Le partage façonne des comportements visibles, des rituels, un langage commun : autant de repères concrets, qui rendent la valeur palpable au quotidien.
Vers une société plus solidaire : comment encourager et amplifier la culture du partage ?
La montée en puissance de la valeur partagée invite à repenser la façon dont le partage s’inscrit dans nos institutions et nos modes d’organisation. Il ne s’agit pas de compter sur la seule générosité de chacun, mais de bâtir des mécanismes structurants : redistribution des profits, implication de toutes les parties prenantes, reconnaissance formalisée de l’engagement. En France, ces dispositifs de partage de la valeur, intéressement, participation, plans de valorisation, s’appuient souvent sur des mesures fiscales incitatives. Résultat : le tissu social de l’entreprise se renforce, avec des effets qui débordent largement le cadre professionnel.
Pour qu’une démarche de valeur partagée porte ses fruits, cinq conditions sont posées par la FSG autour de Michael Porter : fixer un objectif social concret, répondre à un besoin réel, assurer un suivi rigoureux, garantir un pilotage irréprochable, coconstruire avec des partenaires extérieurs. Ce cadre évite les effets d’annonce sans lendemain. La cocréation avec des associations, des collectivités, des clients, ancre les actions dans le réel et leur confère du sens.
Instaurer une culture du partage suppose aussi d’ouvrir les organisations, d’adopter une gouvernance participative et décentralisée. L’écoute active de toutes les voix, la transparence dans la répartition des richesses, la reconnaissance des initiatives collectives dessinent une société plus solidaire, capable d’absorber les chocs et d’innover. Il ne s’agit pas de donner des leçons, mais de bâtir la solidarité sur des mécanismes, des droits, des habitudes concrètes, et de l’inscrire dans le quotidien.
Quand le partage devient une pratique structurée, la société s’offre de nouvelles marges de manœuvre. Qui sait jusqu’où cette dynamique collective pourra nous mener ?


