Un constat brut : la dépression, ce fléau silencieux, touche un Français sur cinq au fil de son existence. Face à elle, la psychothérapie partage la scène avec les antidépresseurs, armes couramment dégainées. Mais derrière le soulagement qu’ils apportent, une ombre plane : la prise de poids. Effet secondaire fantasmé ou réalité mesurée ? Des chercheurs australiens ont décidé de trancher, chiffres à l’appui.
Gain de poids : tous les antidépresseurs ne se valent pas
Pour comprendre l’impact réel des antidépresseurs sur la balance, il a fallu suivre de près 2 334 volontaires, sur une période de quatre ans. Certains ont reçu un ou deux antidépresseurs, d’autres plus de deux. Les résultats, loin de tomber dans la caricature, dessinent une réalité nuancée : les antidépresseurs favorisent bel et bien la prise de poids, mais la variation dépend largement du médicament en question.
Chez les personnes sans traitement, la courbe affichait un gain annuel de 120 g. Ceux qui utilisaient un à deux antidépresseurs grimpaient à 180 g par an. Et pour les plus exposés, plus de deux médicaments,, la hausse atteignait 280 g chaque année. Mais la vraie différence surgit en examinant les familles de molécules impliquées.
C’est parmi les patients sous inhibiteurs de recapture de la sérotonine (IRS) que la balance s’emballe : en moyenne, +480 g par an. Les autres familles, comme les antidépresseurs tricycliques, n’ont pas montré le même effet.
Petit rappel utile : la dépression est traitée grâce à plusieurs types de molécules, qui agissent sur les neurotransmetteurs du cerveau. Les IRS, comme la fluoxétine ou la fluvoxamine, bloquent la recapture de la sérotonine, prolongeant ainsi son action. Cette substance intervient sur l’humeur et le sommeil, jouant un rôle clé dans la régulation émotionnelle. À côté, les antidépresseurs tricycliques ciblent à la fois la sérotonine et la noradrénaline. Dans les prescriptions actuelles, les IRS tiennent la première place.
Quand l’assiette s’en mêle : le mode de vie change la donne
Les chercheurs australiens ne se sont pas contentés de regarder les pilules : ils ont épluché les modes de vie des participants, scrutant alimentation et habitudes du quotidien. Leurs observations dessinent un tableau précis : la prise de poids sous IRS s’accélère chez les patients sédentaires, fumeurs, ou adeptes d’une alimentation typiquement occidentale.
Mais que cache ce fameux « régime occidental » ? Voici ce qui le caractérise :
- Une consommation élevée de viandes
- Une large place accordée aux aliments industriels, riches en graisses et en sucres
Dans un contexte où l’obésité et la dépression progressent main dans la main dans les pays occidentaux, la question du mode de vie s’impose. Conseils nutritionnels et accompagnement sur les habitudes alimentaires prennent tout leur sens lorsque l’on prescrit des IRS à des patients vulnérables. Miser uniquement sur la chimie, c’est ignorer la moitié de l’équation.
À l’heure où la santé mentale et la lutte contre l’obésité s’entremêlent, chaque ordonnance pourrait devenir l’occasion d’ouvrir la discussion : derrière chaque boîte d’antidépresseurs, il y a aussi une fourchette et des baskets à remettre en jeu.


